« Légendes autour des comptes perdus »

Ce mois-ci, j’ai participé pour la première fois à un jeu d’écriture lancé par un ami auteur sur Facebook, sur la page de Sophie Lescuyer.

Sujet du jeu :

« Pour remporter ce livre nos sympathiques z’abonnés devront donc nous pondre un texte particulièrement improbable qui se déroulera dans un rêve ou un cauchemar.

Comme ce livre nous le rappelle de manière récurrente : dans les rêves tout est permis (et dans les cauchemars aussi ^^) ! On pourra donc y mettre (selon inspiration) tous les éléments contextuels possibles et inimaginables (amour, horreur, SF, fantasy, enquête policière, biniouseries, recettes de cuisine, sexe, tourisme, théories scientifiques, etc., etc.) Mais ce rêve ou ce cauchemar tournera (comme dans le bouquin mis en jeu) autour d’un problème administratif insoluble ! (Même pas peur !)

Mais devront obligatoirement y figurer :

  • un huissier de justice qui ne s’exprime qu’en vers ;
  • une sirène fan de foot ;
  • un-e chapelier-e excentrique ;
  • une phrase en breton ;
  • un jeu de mots tout pourri.

Pour nos z’amis auteurs qui ont publié au moins un bouquin par un moyen quelconque deux contraintes supplémentaires :

  • La première phrase de votre texte sera la première phrase du deuxième chapitre (ou subdivision) du premier bouquin que vous ayez publié !
  • Le personnage principal de votre texte sera le personnage principal du dernier bouquin que vous ayez sorti !

La nouvelle doit comporter environ 1000 mots.

Et ma modeste participation :

Légendes autour des comptes perdus

 

Debout au milieu d’une salle inondée de lumière bleutée, Arwenia avait un peu chaud dans la robe blanche, confectionnée à la mode médiévale, qui lui collait à la peau.[1] Arwenia était une scientifique du XXe siècle, inventeuse de la première machine à voyager dans le temps pour vaisseaux spatiaux. Elle avait été invitée, ainsi que son amie Riyel[2], l’Andécavie protectrice de la planète Terre, à regarder un match télévisé dans le palais sous-marin de Séréna, une princesse sirène fan de foot. Séréna leur avait remis des tenues inspirées de celles qu’elle avait vues sur les habitants de la surface la dernière fois qu’elle avait osé mettre le nez hors de l’eau. Autant dire qu’elle ne sortait pas souvent voir le monde…

Tout autant que son amie, Riyel transpirait sous la chaleur humide et étouffante qui régnait dans le château de nacre. Elle faisait bonne figure et s’efforçait de trouver du plaisir à regarder des types trop payés pour courir après la baballe. Ces Terriens n’avaient décidément aucun sens des valeurs… des valeurs nobles, tout au moins. Riyel avait compris depuis longtemps que l’une des seules valeurs qui comptaient à leurs yeux était l’argent.

Les demoiselles aux origines si différentes se prirent pourtant au jeu et, tout en grignotant des petits-fours concoctés à base d’insectes, elles poussèrent des cris joyeux lorsqu’un but fut marqué.

Des coups virulents frappés contre la porte du palais interrompirent leur liesse. Séréna nagea gracieusement jusqu’à l’entrée pour accueillir l’importun. Vêtu d’un costume-cravate très guindé, il allait ouvrir la bouche pour se présenter lorsque ses yeux tombèrent sur la poitrine nue de la sirène. Il toussota pour reprendre contenance et dit d’une voix troublée :

— Excusez-moi de vous déranger, je suis maître Mandaté. Je viens consulter les comptes de votre palais, quelques irrégularités ayant été relevées.

— Ah ! Certes, j’avais oublié. Suivez-moi !

Séréna ondula devant lui jusqu’au bureau où sa comptable, en congés, rangeait les dossiers. Riyel et Arwenia les suivirent du regard. Le teint de l’huissier émoustillé les amusa beaucoup. Elles entendirent bientôt des éclats de voix. Séréna rouspétait parce qu’elle ne trouvait pas les livres de comptes. Quant à l’huissier, il assura qu’il ne quitterait pas les lieux tant qu’il ne les aurait pas obtenus − trop heureux de pouvoir prolonger sa visite auprès de l’envoûtante sirène. Riyel se tourna vers Arwenia et lui proposa d’en profiter pour s’éclipser :

— Viens, allons visiter un peu ce pays !

Arwenia accepta, ravie de s’échapper d’une compétition sportive sans intérêt. Elles sortirent du palais et, sur les marches du perron, Ryiel déploya ses ailes de feu. L’eau n’avait aucun pouvoir ignifugeant sur cette puissance particulière dont l’Andécavie avait hérité du Gardien de l’univers[3]. Elle saisit la main d’Arwenia et prit son envol. À la manière de Superhéroïnes de Comics, elles survolèrent le fond des océans. Elles purent admirer à loisir cet endroit fantasmé des marins, redouté aussi. Combien y avaient péri, entraînés vers la mort par trop de curiosité et d’appétit pour les ensorceleuses ichtyennes ? Riyel et Arwenia, invitées privilégiées de Séréna, ne risquaient pas pareil naufrage, tout simplement parce qu’elles étaient des femmes.

Au milieu des flots et des scintillements verts et bleus des bâtiments harmonieux, le regard de Ryiel fut attiré par l’enseigne d’une boutique inattendue en cet endroit. Elle entraîna Arwenia avec elle pour voir l’étrangeté de plus près. Par la fenêtre de la maisonnée, elles découvrirent un chapelier en pleine création. Arwenia chuchota à l’intention de sa compagne de voyage :

— J’ignorais que des hommes vivaient parmi les sirènes !

— Surtout pour leur confectionner des chapeaux ! pouffa Riyel. Je me serais attendue à un tout autre usage…

— Tu ne penses vraiment qu’à ça ! lui reprocha Arwenia dans un sourire de connivence.

— Ben quoi ? Votre monde tourne aussi autour de ça ! se défendit Ryiel d’un air innocent.

— Purée ! Vivement qu’on remonte à la surface. J’en peux plus ! se récria Arwenia en tirant légèrement sur sa robe blanche qui épousait trop bien ses formes. J’ai chaud, je colle partout, j’ai les mains moites et les pieds poites ![4]

— Arwenia !!!

L’interjection les fit sursauter. Elles se tournèrent de concert vers l’homme qui arrivait au galop sur son fier destrier. Riyel plissa les yeux et grogna sur un ton désapprobateur :

— Mais c’est la fête du slip, ici ! Encore un mec ! Elle est où, la légende des sirènes dévoreuses de matelots ?

— Tout se perd, ma pauv’ Lucette ! s’exclama Arwenia en riant, avant d’expliquer : c’est mon Arthur.[5]

— J’ai retrouvé Excalibur ! s’écria le roi légendaire. Séréna l’avait volée à Viviane, lors de leurs dernières joutes marines annuelles. Rentrons vite à Camelot ! Deuit da tanzal er c’hastel[6]!

— Parfait ! Je te suis, mon amour !

Arwenia sauta sur la selle du cheval et agrippa son amant par la taille.

— Et vous me plantez là ? s’écria Riyel mécontente.

— Je crois que le chapelier va avoir besoin de toi, dit Arthur en lui désignant l’homme dans sa boutique, derrière elle.

Riyel se retourna. Elle vit l’artisan sortir d’un tiroir deux livres épais et abîmés à force d’avoir été manipulés. Il ne se doutait pas qu’il était épié. Il déposa les ouvrages sur sa table de travail sans prendre la moindre précaution. La couverture enluminée du premier volume était ornée du sceau du palais. Le chapelier l’ouvrit, soulevant suffisamment la couverture pour que Riyel puisse en lire le titre. Elle comprit qu’il s’agissait de l’un des livres de comptes que cherchait désespérément Séréna. La princesse ne risquait pas de les retrouver… Riyel se retourna pour informer ses amis cavaliers de sa découverte, mais ils avaient disparu. Ils n’avaient pas traîné… Riyel pesta : « Encore une fois, c’est à moi de résoudre les problèmes impossibles dans lesquels s’empêtrent les habitants de cette fichue planète ! ».

~ Hélène Destrem ~

Pourquoi le titre : Légendes autour des comptes perdus ?

Je n’explique pas pour quelle raison je parle de « comptes perdus », vous l’aurez deviné. En revanche, « légendes » fait référence aux personnages qui gravitent autour de ces livres volés : la sirène, bien sûr, mais aussi Arwenia et Ryiel, deux personnages emblématiques de mes romans, ou encore Arthur, même s’il n’est qu’un personnage secondaire secondaire.

[1] Première phrase du deuxième chapitre de mon premier roman publié : La Légende du futur, en 2012.

[2] Ryiel est le personnage principal de mon dernier roman paru en février 2019 : L’Envol du phœnix.

[3] Voir mon tout dernier roman : L’Envol du phœnix, février 2019.

[4] Elle est bonne, non ?

[5] Voir La Légende du futur, roman dans lequel Arthur, fameux roi de Bretagne, et Arwenia, scientifique du futur, tombent amoureux.

[6] Phrase en breton qui signifie : « Nous organiserons une fête au château en l’honneur de son retour ! »

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