« E-Storic » de Thomas Palpant

« Le jour où Internet s’effondra »…

Un tel titre avait de quoi m’allécher. J’avais hâte de lire ce roman que j’imaginais d’anticipation, comme annoncé dans sa quatrième de couverture. Qu’allait-il se passer une fois Internet effondré ? Quelles en seraient les conséquences ? J’étais curieuse de découvrir ce futur dans lequel Internet ne serait peut-être plus qu’un souvenir, ou tout au moins très différent.

Eh bien… je m’étais projetée trop loin.

Quatrième de couverture :

« En quelques décennies, le Web a tout révolutionné : communication, consommation, travail, divertissement… au point d’en devenir vital pour tout un chacun. L’oxygène qui fera respirer le monde de demain.

Mais que se passerait-il si toutes nos activités numériques, des plus anodines au plus inavouables, avaient été répertoriées minutieusement depuis les années 90 pour être subitement dévoilées au grand jour, à la vue de tous ?

À travers un roman d’anticipation glaçant sur les travers de notre société connectée, plongez comme si vous y étiez au cœur de la crise qui vit Internet s’effondrer. »

En refermant E-Storic, une évidence s’impose à moi : il ne s’agit pas d’un roman d’anticipation mais d’une dystopie. Ce livre décrit notre société actuelle avec un Internet encore plus retors, qui ne s’effondre pas, mais qui provoque de sacrés remous à travers le monde, dans les grandes entreprises, au sein des gouvernements, et jusqu’à l’utilisateur particulier derrière son écran personnel.

L’idée de base de ce livre est bonne. Elle aurait pu déboucher sur un récit très intéressant. Malheureusement, je n’ai pas réussi à me plonger dans l’histoire. Je me suis retrouvée face à mon quotidien, face à ce que je connais d’Internet aujourd’hui. Pas vraiment transcendant… Retrouver dans un livre ce qu’on vit au quotidien, réaliser qu’on est en pleine dystopie, finalement, c’est même déprimant.

De plus, j’ai eu l’impression de survoler tous les événements racontés, tout comme je survolais la vie du narrateur qui est le personnage principal. Sa vie y est présentée de loin, sans que le lecteur ne sache vraiment quand se passe telle scène, dans quel décor, et sans jamais vraiment être associé aux pensées du personnage, ni à son intimité. Ce héros manque de matière, de profondeur, de structure… d’intérêt finalement.

Le roman manque aussi cruellement d’action, de rebondissements, de suspense. Les rebonds de l’histoire concernent des événements qui surviennent sur la toile et qui impactent forcément la vie quotidienne, mais je ne me suis jamais sentie vraiment impliquée ni touchée par ce que le narrateur décrivait. J’ai eu l’impression de lire le froid récit d’un journaliste qui raconte objectivement des faits, tant le narrateur prend les choses avec recul.

Tout au long du roman, je me suis demandé qui était à l’origine de la pagaille qui secouait le Net. Des hackers ? Une I.A. ? Hélas, le livre ne donne pas la réponse à cette question que tout le monde se pose, notamment le personnage principal. Celui-ci accueille même la fin de la crise avec un flegme déconcertant. Comme le lui disent ses amis à plusieurs reprises au cours du roman, on dirait que tout lui passe au-dessus de la tête, que rien ne le touche. Et cela s’est répercuté sur la façon dont j’ai reçu cette histoire. Je ne me suis pas sentie très remuée par les déboires que provoquait e-storic dans les vies des personnages de la fiction, pas plus que le personnage principal finalement.

En résumé, dans ce livre Internet connaît des années sombres, comme ses utilisateurs, car tous sont mis à nu de façon inattendue. Puis tout revient à la normale – ou presque -, avec un petit message de fin que j’ai trouvé un peu naïf. Car non, Internet ne s’effondre pas : il reste accessible à tous, même si forcément les gens vont désormais l’utiliser avec quelques réticences…

Certes, je comprends le message qu’a souhaité faire passer l’auteur avec ce livre : nous passons trop de temps sur nos smartphones, nous sommes trop souvent connectés, absorbés par le Web et presque totalement déconnectés de la réalité ; nous surfons sur Internet de manière anonyme, persuadés – à tort – que nos parcours dématérialisés ne sont connus que de nous-mêmes. Il est donc urgent de lever la tête et de poser nos yeux sur autre chose que nos écrans. Oui, je comprends son message, mais j’ai envie de dire : « et alors ? » Je n’apprends rien… mais peut-être ne suis-je pas la cible d’un tel roman, et peut-être que celui-ci trouve davantage d’échos auprès de la jeunesse, dont le quotidien est en effet consacré presque exclusivement à se nourrir d’Internet, que le contenu soit enrichissant ou non. Cependant j’aurais apprécié davantage de profondeur dans ces 290 pages qui ont décrit nos réalités quotidiennes dématérialisées sans m’avoir transportée, et n’ont fait que mettre en évidence ce que je savais déjà : passer sa vie sur le Web est fade, morne, et sans piment, contrairement à la « vraie » vie.

Concernant la forme, E-Storic, roman auto-édité, contient plusieurs coquilles dans cette réédition, et c’est un peu dommage. Heureusement, elles sont disséminées au fil du récit et n’en gênent pas – trop – la lecture.

Pour conclure, E-Storic est un récit facile d’accès, qui s’adresse aux adolescents et aux jeunes adultes. Son message, important, aurait gagné à être porté par un personnage plus poignant, plus riche, par des extraits de vie qui m’auraient « accrochée », et par une narration plus enlevée.

E-Storic, de Thomas Palpant.

Édition indépendante, 12,90 € en version brochée, 290 pages.

Disponible sur Amazon. (<<< cliquez sur le lien.)

 

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