L’étrange Monsieur Wolff

Wissembourg, commune du Bas-Rhin de plus de 7 700 habitants, un soir de janvier 2019. La neige avait recouvert les toits des maisons et drapé les rues d’un manteau silencieux. Il était difficile de circuler entre les habitations aux croisillons typiques. Les lampadaires crachaient une lumière blafarde. Un vent froid caressait le sol et emportait parfois des poignées de flocons. Les gens s’empressaient de rentrer chez eux en resserrant leur col autour de leur cou ou en abaissant leur bonnet sur leur front. Il n’y avait aucun bruit, les sons étaient étouffés par la neige.

Othon Wolff, comme tout un chacun, rentra chez lui après une banale journée de travail à l’imprimerie. Il était encapuchonné dans un long trench coat noir et parcourait péniblement le chemin à pied, perdu dans ses pensées. Il pressa bientôt le pas sous l’assaut du vent glacial qui forcissait. Au détour d’une rue, il entendit des pas précipités. Il n’eut pas le temps de se mettre de côté, qu’une ombre le bouscula. Othon leva les yeux, leurs regards se croisèrent. Un souvenir apparut soudain dans son esprit, à la manière d’un flash. Le visage de l’inconnue lui rappela quelque chose. Elle s’excusa aussitôt et s’éloigna tout aussi vivement qu’elle avait surgi, s’enfuyant presque. Othon n’eut pas le temps de la retenir de la voix qu’elle avait déjà disparu. Il resta interdit quelques minutes, le visage fouetté par la bise, le regard accroché dans la direction où elle s’était évanouie. Personne ne la poursuivait… Othon se renfrogna et reprit sa route.

 

Quelques jours après, l’incident déjà oublié, Othon reçut son ami Franz à dîner. Son seul ami depuis l’enfance, un geek invétéré passionné de vampires. Ensemble, ils avaient vu tous les films sur le sujet, lu tous les livres qu’ils avaient pu trouver, écumé tous les jeux vidéos existants.

Othon sortit un plat du four. Franz, humant le fumet délicieux, s’en lécha les lèvres et saisit ses couverts avec appétit. Othon remplit leurs assiettes et s’installa à table. Franz se régala d’une bouchée et soupira de plaisir en fermant les yeux.

— La vache, Othon ! Qu’est-ce que c’est bon !

— Je suis ravi que ça te plaise ! Pour une fois, j’ai voulu cuisiner moi-même et je t’ai préparé mon plat préféré : du rat mariné aux olives !

Franz s’étouffa avec sa bouchée et en recracha immédiatement la moitié.

— P’tain, Othon ! C’pas possible ! T’as pas fait ça ?

— Ben si ! Tu viens de dire que c’était super bon !

— Mais c’est immonde ! Et les maladies que véhiculent ces bestioles ? Tu imagines ?

— Tout le monde sait bien que l’essentiel est de cuire la viande à température élevée pour tuer les germes. T’inquiète, tu ne seras pas malade, lui assura Othon avec un aplomb déconcertant.

Franz leva un sourcil d’un air dubitatif et posa un regard suspicieux sur son assiette. Il n’eut pas l’occasion de répliquer, que des coups frappés à la porte les firent sursauter. Othon alla ouvrir. Devant lui se tenait le clone de Sherlock Holmes, cet illustre enquêteur anglais un peu pédant, d’une intelligence rare.

— Monsieur Wolff ?

— Oui, c’est bien moi, confirma l’intéressé. Que puis-je pour vous ?

— Je suis de passage dans la région et j’enquête sur les récentes disparitions qui ont eu lieu par ici.

Il sortit sa carte de police pour convaincre Othon de son identité.

— Puis-je entrer ? Ça ne prendra que cinq minutes.

Othon acquiesça et libéra le passage. Le clone de Sherlock pénétra dans la demeure et salua Franz d’un signe de tête, avant de reprendre :

— J’aimerais que vous identifiiez une personne sur une photo.

Il tira le cliché de sa poche, le tendit à Othon, et pointa un visage de l’index.

— Vous souvenez-vous de cette femme ?

Othon eut un choc. Il reconnut les deux personnes. Le « lui » de ses rêves, plus âgé que ses 27 ans actuels, et cette femme qui lui était rentrée dedans un soir de la semaine précédente et à laquelle il songeait toutes les nuits depuis…

– Hélène Destrem –

Ce texte est l’amorce d’une histoire en projet.

Othon Wolff (de « odo » qui désigne en germain « la richesse » et « wolf » qui signifie « loup » en allemand et anglais, notamment) est un personnage créé dans le cadre du tout premier atelier d’écriture auquel j’ai participé l’année dernière. Il est désormais un personnage récurrent dans mes textes.

Photo d’illustration : décorations de Noël 2018 en Alsace trouvée dans Google Images, SOURCE ICI.

Et c’est avec ce texte que je vous souhaite une :

Bonne Anné 2019

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :