Extraits de « Comptes à rebours »

Chapitre 10 – extrait 1 :

« Paris. La première chose qui saisit Émilie en descendant du train à l’aube fut l’odeur. Cette odeur de pollution qui vous prend à la gorge et vous étouffe, telle une main vaporeuse s’insinuant autour du cou et glissant le long de la trachée en un mouvement empoisonné. La vache ! Qu’est-ce que ça pue !, fut sa première pensée parisienne. Elle toussa deux, trois fois pour dégager ses poumons, sans succès. Elle était « dedans », elle devait se résigner. Durant une seconde elle pensa rebrousser chemin, s’abriter dans l’air sain du wagon, et repartir en sens inverse en direction de sa campagne. Une chimère. Il n’était plus possible de faire machine arrière. Elle devait profiter de la vie animée de la capitale pendant ses prochains jours de vacances forcées. Virée, la pigiste du journal local de Treffort-Cuisiat.

Traînant ses deux valises, une noire et une rose – toujours de la couleur avec le noir, toujours ! – et retenant sa besace et un sac à dos sur chaque épaule du mieux qu’elle le pouvait, elle traversa la gare de Lyon balayée par les courants d’air. Quelques coups d’œil suffirent à lui permettre de s’orienter, la gare n’ayant rien d’un labyrinthe. Bien vite elle se retrouva à l’extérieur, sur la place Louis-Armand baignée de lumière. Il faisait un temps magnifique et frais à cette heure matinale du printemps. Elle resserra le foulard autour de son cou d’un geste machinal.

L’amie chez qui Émilie était venue passer quelques jours n’habitait pas loin de la gare à vol d’oiseau. La provinciale à peine débarquée aurait été bien en peine, malgré tout, de rejoindre l’appartement à pied. Même aidée d’un GPS Émilie était capable de tourner pendant de longues minutes autour de sa destination, tant elle ne savait pas s’orienter… Elle saisit son téléphone et envoya un SMS à Caroline. Celle-ci répondit peu après ; elle arrivait. Quelques instants plus tard, la voiture de son amie parisienne se gara contre le trottoir. Caroline en descendit en courant.

— Salut Émilie ! Bienvenue à Paris ! lança-t-elle tout en l’embrassant gaiement.

— Salut Caro….

— Allez, fais pas cette tête ! Ça va s’arranger, tu verras.

— Si tu le dis… soupira-t-elle à travers une grimace qui s’apparentait à un sourire.

Chapitre 8 – extrait 2 :

« De retour à l’Hôtel des Isles, ils refirent l’amour, mais ils dormirent aussi davantage que la nuit précédente. L’un contre l’autre, ils semblaient avoir atteint leurs rivages respectifs.

Au matin, Isabelle frappa et entra dans leur chambre sans attendre de réponse. Ils avaient oublié d’accrocher l’affichette « Ne pas déranger » à la poignée de la porte, et comme Malik avait commandé le petit déjeuner en chambre la veille au soir… La serveuse les aperçut nus, entremêlés dans les draps, endormis sur le sol. Émilie et Malik se réveillèrent brusquement et se dissimulèrent autant que possible sous les tissus. Isabelle se confondit en excuses, posa le plateau sur une table et s’éclipsa rapidement, alors qu’ils riaient et lançaient des « Y’a pas d’mal ! ». Ils prirent tout leur temps pour finir de se réveiller, entre caresses et baisers. Ils prolongèrent autant que possible cette dernière matinée face à la mer. Émilie luttait une nouvelle fois contre sa mélancolie sous-jacente, insistante. Profiter de chaque instant ensemble, jusqu’à la dernière minute, sans gâcher ces moments par une tristesse inutile, une tristesse qui aurait tout le loisir de l’accabler plus tard, quand elle serait seule… Elle avait l’impression désagréable que le temps passé avec Malik lui glissait inexorablement entre les doigts, insaisissable bonheur fugace.

Juste avant de fermer sa valise, Malik sortit un canif de sa trousse de toilette. Il proposa à Émilie de graver leur passage dans cette chambre. Cette idée plut à la jeune femme, qui sentit un élan d’amour jaillir de sa poitrine. Décidément, rien n’était commun chez Malik. Ils gravèrent ensemble « E+M 03/05/15 » sur le chambranle de la fenêtre, côté océan, de manière que l’inscription ne fût pas visible par la femme de ménage. Ils venaient d’inscrire hors de l’immatériel ce week-end magique.

Ils reprirent la route vers Paris en silence. À mi-parcours, le téléphone d’Émilie vibra sous la réception d’un SMS. Elle ouvrit son sac, sortit l’appareil, lut rapidement le mot et dit à son compagnon :

— C’est ma tante. Elle me demande comment je vais et me propose de m’héberger chez elle, à Challans, le temps que je retrouve du travail. Elle est vraiment adorable…

— En effet, confirma Malik d’un ton un peu grave.

Émilie perçut le côté chagrin de cette réponse marmonnée sans enthousiasme. Se pouvait-il qu’après si peu de jours passés en sa compagnie il tienne déjà tant à elle ? Elle garda sa réflexion pour elle, se pencha sur l’écran tactile du Smartphone et saisit la réponse : « Bonjour Sandra. Je vais un peu mieux. Je te remercie pour ta proposition. Pour l’instant, je suis chez Caroline, à Paris. Je vais peut-être chercher un poste ici… Je vais voir… »

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