Extrait de « La Légende du futur »

Chapitre 1 – Extrait :
« Deux armées s’affrontaient. Depuis l’aube, les cris de guerre des combattants noyaient la colline sous un tumulte infernal. Le soleil de fin d’hiver luisait sur leurs casques et leurs armures. Les armoiries gravées sur les boucliers de chaque camp scintillaient sous les rayons lumineux. D’un côté les blasons présentaient deux haches, la première de gueules et la seconde de sable, disposées en sautoir ; de l’autre un dragon protégeait une épée de gueules et d’or. Sans se soucier des blessés qu’ils piétinaient avec mépris, les Saxons avançaient sur les Bretons, le regard empli de haine, avec pour seul objectif d’anéantir leurs adversaires. Chevaliers et soldats du royaume de Logres défendaient vaillamment leur territoire, pourfendant l’ennemi sans faillir. Les premiers voulaient conquérir le monde, les seconds étaient déterminés à refouler l’invasion. Chaque troupe guerroyait avec obstination mais, les heures passant, les cadavres devenaient de plus en plus nombreux. Le sang se répandait depuis les hauteurs du mons Badonicus et coulait dans la plaine telle une rivière macabre. Les gémissements des blessés et les râles des mourants couvraient peu à peu les cris de guerre. Les rangs de chaque armée perdaient en nombre et en puissance cependant, fidèle à son honneur, nul bataillon ne battait en retraite.
Par cette triste journée ensoleillée, sans qu’aucun nuage ne la laissât présager, la foudre fendit soudain le ciel pour venir s’abattre au beau milieu du champ de bataille. Surpris par le coup de tonnerre, les guerriers cessèrent le combat un instant. Les regards scrutèrent le ciel en quête d’une explication : l’azur demeurait parfaitement silencieux. Les combattants n’obtenant pas de réponse miraculeuse, la lutte reprit, les cris de fureur redoublèrent, et les soldats entrechoquèrent de nouveau leurs épées, déployant là leurs dernières forces.
Recroquevillée sur elle-même, une jeune femme reprenait connaissance. Les relents de sueur et de sang la prirent à la gorge, rendant difficile sa respiration. Arwenia leva doucement la tête, sans comprendre où elle se trouvait. Les corps de dizaines de soldats gisaient autour d’elle. Des guerriers, qui portaient pour toute armure des cottes de mailles d’acier rehaussées parfois d’un plastron, tandis que des casques leur cachaient le visage, ferraillaient à l’épée tout en protégeant tantôt leur tête, tantôt leur corps à l’aide d’un bouclier. Aucun ne combattait plus à cheval. Les montures avaient subi les premiers assauts des glaives et la plupart des animaux avait péri dès le début des affrontements.
Arwenia tenta de rassembler ses esprits, mais sa mémoire se dérobait. Figée par la panique, elle ne trouvait pas la moindre énergie pour se lever et prendre la fuite. Elle considéra le spectacle morbide qui l’entourait. Sa vision troublée ne la rassura guère sur ses chances de survie. À cet instant un homme tomba brusquement à genoux devant elle en crachant du sang. Arwenia poussa un cri d’horreur. Elle roula sur le côté pour esquiver la chute du guerrier et glissa dans une mare visqueuse. Le soldat mourant la dévisagea avec un regard hébété, puis, anéanti, bascula face contre terre. La peur au ventre, Arwenia trouva tout de même assez de volonté pour tenter de fuir ce lieu cauchemardesque. Elle essaya de se mettre sur les genoux, mais elle fut prise de vertiges. L’odeur de la mort alentour lui donnait la nausée.
Un homme s’approcha d’elle. Effrayée, car son incapacité à défendre sa vie lui était désormais évidente, elle osa à peine le regarder. Brandissant son épée à deux mains au-dessus de son heaume, le guerrier souriait d’un air mauvais, prêt à pourfendre l’intruse. Arwenia protégea aussitôt sa tête entre ses bras tout en fermant les yeux. Elle espéra au plus profond d’elle-même que l’horreur allait cesser. Elle entendit alors un cri sauvage, puis un sifflement. Elle pensa que son heure était venue, mais l’homme qui l’avait menacée tomba lourdement à ses côtés. À ce bruit sourd elle ouvrit les yeux. Le soldat était mort, une lance fichée en plein cœur. Arwenia aperçut alors un autre combattant qui venait dans sa direction. Le guerrier marcha vers le cadavre et planta son pied droit dans le dos ensanglanté de celui-ci pour en retirer son arme. Il considéra alors la femme un bref instant, ne sachant pas trop comment réagir face à cette apparition, puis la saisit par le bras.
— Hé ! Ne restez pas là ! tonna-t-il en gallois.
Le guerrier portait les mêmes armures que les autres soldats, cependant le blason au dragon peint sur son heaume ainsi qu’une cape en toile blanche, maculée en cet instant de sang et de terre, ne laissaient aucun doute sur son appartenance à la chevalerie.
Le seigneur tenta de relever la jeune femme qui ne sentait plus ses jambes. En se redressant Arwenia remarqua avec désolation l’état pitoyable de son apparence. Des brûlures constellaient sa robe, des cendres la recouvraient d’une pellicule grisâtre et des auréoles sanguinolentes transformaient définitivement sa belle tenue blanche en un immonde torchon. La poussière ternissait ses longs cheveux roux tressés dans son dos. Heureusement le gant noir qui couvrait sa main gauche jusqu’au coude avait parfaitement résisté. Rassurée par ce détail, Arwenia entreprit de rassembler ses efforts pour marcher. Elle allait pieds nus et la sensation poisseuse de fouler l’herbe gluante de sang lui procura des nausées d’une violence insoutenable. Sans pouvoir contenir davantage ses haut-le-cœur, elle vomit comme une malheureuse au beau milieu de la pestilence.
— Bedwyr ! Viens m’aider ! cria le chevalier en direction d’un guerrier qui venait d’empaler un ennemi sur son épée.
Le combattant repoussa le mourant d’un coup de pied dans les reins. Le Saxon, ainsi dégagé de la lame, lâcha son dernier soupir en basculant vers le sol. Bedwyr jeta un coup d’œil circulaire autour de lui et, comme aucun autre adversaire ne semblait plus vouloir en découdre, il accourut pour aider le chevalier à relever la femme. Arwenia, profondément embarrassée de présenter un état aussi lamentable, ne leva pas les yeux vers ses sauveurs. Elle s’essuya la bouche d’un revers de manche avant que Bedwyr ne lui attrape le bras.
— Les Saxons prennent la fuite, Lloch , rapporta le chevalier.
— J’ai aperçu Arthur tout à l’heure. Il vient d’occire leur chef, commenta le noble guerrier. Toute bravoure de leur part après cela m’étonnerait. Conduisons cette donzelle à l’écart de ce chaos putride.
Les deux hommes soutinrent fermement Arwenia et l’entraînèrent en direction de la forêt. Plusieurs soldats vinrent protéger le repli des chevaliers. Au bout de quelques pas, la jeune femme, épuisée, perdit connaissance. »

Roman La Légende du futur, roman historique et de science-fiction, un voyage dans le temps entre le XXIIe siècle et le haut Moyen Âge. Édition indépendante, 17 euros.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :