« Les Hauts de Hurle-Vent », d’Émily Brontë

Ce roman m’a été conseillé par de nombreuses personnes et vanté comme une magnifique histoire d’amour impossible. Dans ce domaine, j’ai lu pas mal de superbes ouvrages, et les plus belles histoires d’amour impossible sont, pour moi – entre autres, car j’en ai un bon paquet dans ma bibliothèque -, celles des romans de Barjavel…

La quatrième de couverture de l’une des versions françaises des Hauts de Hurle-Vent que l’on peut trouver le présente comme suit :

« Depuis son arrivée chez les Earnshaw, qui l’ont adopté, Heathcliff, enfant abandonné, semble attirer le malheur sur la maisonnée. Hindley, l’aîné, l’a pris spontanément en grippe. Et tandis que l’orphelin s’est épris de sa sœur Catherine, celle-ci décide de quitter les Hauts de Hurlevent pour se marier, dans l’espoir qu’elle pourra soustraire le malheureux aux colères de son frère aîné…
Au comble du tourment, Heathcliff s’enfuit. Mais il reviendra accomplir sa vengeance et détruire ceux qui l’ont fait souffrir…
L’unique roman d’Emily Brontë, publié en 1847 sous pseudonyme, se présente comme la chronique d’un amour contrarié. Au climat passionnel qui ravage ses personnages, répondent les paysages de lande balayés par les vents, emblématiques de ce chef-d’oeuvre de la littérature anglaise, « le plus beau roman d’amour de tous les temps » selon Georges Bataille. »

Je me suis donc laissé tenter avec enthousiasme. Dès les premières pages, j’ai été séduite par le style magnifique de l’auteure et le langage soutenu. Quel plaisir de lire un livre si bien écrit ! Je n’en dirais pas de même pour la traduction de la version que je me suis procurée, bourrée de coquilles et d’erreurs de mises en page.

Les personnages sont riches. Tout au long du livre, on ne peut qu’admirer le travail fait sur la psychologie de chaque protagoniste : aucun n’est abordé de façon superficielle et, même si l’histoire est racontée par la femme de charge, Nelly, l’auteure nous entraîne jusqu’aux tréfonds de l’âme humaine, particulièrement celle de Heathcliff. Malheureusement, quasiment tous les personnages sont antipathiques : ils  sont odieux, insupportables, caractériels, se font un malin plaisir à se faire souffrir les uns les autres, à tel point qu’il est quasiment impossible de s’identifier ou de s’attacher à l’un ou à l’autre. J’ai lu ce livre comme si j’étais restée en-dehors de l’histoire, jusqu’à ce qu’enfin, deux personnages montrent des caractéristiques de bonté qui permettent de les apprécier. Ils sauvent le roman et la fin de l’histoire.

À aucun moment je n’ai trouvé que l’histoire d’amour entre Heathcliff et Catherine était une magnifique romance qui méritât qu’on porte ce roman aux nues pour cette raison.

Catherine est colérique et tyrannique. Heathcliff s’ingénie à faire souffrir tous ceux qui l’entourent et à utiliser les gens pour parvenir à ses fins, en les insultant, les humiliant et les rabaissant au passage, pour son plaisir d’être le maître et de prendre sa revanche. Parfois, j’ai vu en lui des traits évidents de manipulateur pervers narcissique dont le seul but est de détruire quiconque vit dans son entourage pour satisfaire ses propres besoins, avec une violence presque sans limite.
À aucun moment je n’ai été bouleversée par leur couple. Catherine fait des choix calculés qui n’ont, pour moi, rien à voir avec la passion.
Le seul personnage que je trouvais attachant était Nelly, mais après le milieu du roman, ses comportements et prises de positions la rendent énervante, bien qu’elle se rattrape sur la fin.
Au final, le plus à plaindre est Hareton, qui s’est retrouvé malgré lui au milieu de la tourmente et n’a eu aucune chance de s’en sortir. Ses efforts pour s’extraire de l’ignorance sont méprisés par Miss Cathy, qui en devient odieuse à son tour… jusqu’à ce que Nelly la remette dans le droit chemin et surtout… que Heathcliff meure de parfaite démence.

Et là on touche un « problème » de taille dans ce roman : les personnages tombent comme des mouches à point nommé, à cause de maladies plus ou moins crédibles, pour permettre au roman d’évoluer et à de nouveaux personnages d’entrer en scène. J’ai trouvé un peu facile l’utilisation de la mort comme outil de rebondissement, et surtout tout à fait irréaliste, même pour un roman publié en 1847.

Un autre problème m’a sauté aux yeux : à un moment donné, on apprend brutalement que Catherine était enceinte. Or, jamais auparavant sa grossesse n’a été évoquée. On découvre qu’elle accouche, comme ça, au détour d’une phrase, et bim, elle meurt dans la foulée. Voilà. Hop. Facile.

Ainsi, Les Hauts de Hurle-Vent est l’histoire d’un jeune garçon qui, n’ayant pas reçu d’amour maternel ni fraternel, va devenir cruel envers tout son entourage. Il se transforme très tôt en manipulateur pervers et se venge perpétuellement de la souffrance dont il a été victime en torturant tous ceux qui l’approchent. Il en tire une réelle satisfaction, un plaisir malsain à jamais inassouvi. Jusqu’à ce qu’il réalise que, justement, il ne sera jamais heureux tant qu’il n’aura pas rejoint sa bien-aimée dans la tombe…

Pour conclure, ce roman est une merveille en ce qui concerne la psychologie des personnages et la narration. Je me suis régalée en lisant des tournures admirables du début à la fin. Mais je regrette que les personnages soient si noirs et qu’ils meurent tous si promptement pour servir l’histoire. Peut-être est-ce dû à la traduction que j’ai eue entre les mains, mais je n’ai pas réceptionné cette histoire comme le plus beau roman d’amour de tous les temps. En revanche, ce roman montre parfaitement à quel point le manque d’amour peut conduire un être humain à se laisser aller, à adopter des comportements détestables, à se rendre volontairement insupportable, à se transformer en persécuteur, manipulateur, en personne exécrable, pour, en quelque sorte, rendre au monde ce qu’il a subi. Une histoire triste, finalement, qui dresse un portrait sombre de l’humanité, mais qui finit sur une très belle note lumineuse d’espoir, avec le couple  formé par Miss Cathy (la fille de Catherine) et Hareton Earnshaw.

Les Hauts de Hurle-Vent, d’Émily Brontë, disponible à La Fnac ou sur Amazon.

354 pages, entre 7 et 14 euros.

 

 

 

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