« Sur Terre, octobre 2022.
L’une des unités des forces spéciales avait décollé de Kaboul, au beau milieu de la nuit. Bientôt, les six hommes et les deux femmes sautèrent, les uns après les autres, depuis l’hélicoptère Caracal. Ils manœuvrèrent leurs parachutes de façon à atterrir sur le versant nord d’une crête. La réussite de la mission reposait sur des facteurs essentiels tels que la discrétion, la rapidité et l’efficacité. Un hélicoptère étant loin d’être le moyen de transport le plus furtif, le commando avait été largué à bonne distance du lieu des opérations. Leur rencontre avec le sol ne fut pas des plus tendres. Leur entraînement intensif à ce type de sauts leur permit cependant d’éviter entorses et fractures. Ils abandonnèrent leurs parachutes sur place.
Vêtus de tenues de camouflage et de rangers, les membres du commando portaient un casque ostéophonique à vision nocturne. Alourdis de sacs à dos remplis de matériels de haute technologie à différents usages, les hommes portaient en sus soit des fusils de sniping HK417-F, soit des fusils d’assaut Sig Sauer 551, armes très performantes. Leurs ceintures contenaient des grenades, des cartouches et un pistolet Glock 17 Gen 5. Il fallait une carrure solide pour supporter tout ce barda et se déplacer rapidement avec.
Le groupe progressa vers le sommet de la crête. Le terrain était hostile, les rochers se dérobaient parfois sous les pas. La nuit couvrait avantageusement l’avancée des soldats. Parvenus au faîte de la montagne, ils se dissimulèrent derrière les plus gros blocs. Riyel et son binôme Axel – récemment arrivé dans leur équipe – jetèrent un œil de l’autre côté au moyen des viseurs de leurs fusils de sniper. Plus loin, à environ huit cents mètres en contrebas, une voie étroite et sinueuse, sans bordures de protection à l’instar des routes de la plupart des pays du monde, longeait la falaise tout en surplombant la rivière qui coulait neuf cents mètres encore en dessous. Sur leur droite, la vallée s’élargissait en une plaine étroite où descendait la route qui partait en direction du Cachemire, vers la Chine. C’était à cet endroit, systématiquement, dans cette zone reculée et désertique du Pamir, que des attaques avaient lieu contre les convois humanitaires. Des djihadistes se terraient quelque part. Le groupe d’assaut français dont faisaient partie Riyel et Caryl avait pour mission de les déloger et de les éliminer. Pas de quartier. Même si la France avait officiellement quitté le pays depuis 2014, le gouvernement afghan faisait encore parfois appel à ses services pour des missions spéciales secrètes. Riyel s’entraînait pour ce type d’opération depuis son entrée au CPA 10. Elle venait d’atterrir dans le vif du sujet. Ils ignoraient combien d’hommes se dissimulaient dans ces montagnes, aussi allaient-ils devoir progresser avec prudence. Si la situation tournait mal, le commando avait toute latitude pour activer des balises et demander un soutien aérien.
Riyel et son acolyte attendirent plusieurs longues minutes. Le vent balayait les flancs de la montagne. Il sifflait avec ardeur, soulevant parfois des poussières qui frappaient les casques. Aucun bruit animal ou humain n’animait la nuit. Aucun mouvement n’attira leur attention. Les deux éclaireurs firent signe au reste du groupe que la voie était libre. Ils passèrent sur le versant sud. Invisibles entre les rochers, ils progressèrent en direction de la plaine, sans toutefois descendre jusqu’à la route, où ils deviendraient des cibles privilégiées, même en pleine nuit. Leurs ennemis étaient moins bien équipés qu’eux, certes, mais ils n’étaient pas non plus totalement aveugles ni stupides.
Le commando crapahutait depuis plus de dix minutes lorsque Riyel leva le poing en l’air, intimant l’ordre de stopper tout mouvement. Grâce à l’acuité de ses facultés télépsychiques, elle venait de percevoir des vibrations, quelque part à travers les parois rocheuses. Ses compagnons s’accroupirent, aux aguets, fouillant la nuit du regard. Ils ne distinguèrent rien. Riyel s’agenouilla et posa sa main gantée contre le sol. Les murmures devinrent des plaintes. Là, à quelques centaines de mètres sous ses pieds, elle entendait les pleurs de femmes captives. Paupières closes, elle élança son esprit à travers la roche en quête de leurs pensées. Elle les accrocha bientôt. Les malheureuses étaient quatre, serrées les unes contre les autres, recroquevillées dans la pénombre d’une caverne humide au fond d’un goulet glacial, à peine éclairées par un feu mourant. Riyel voyait la scène distinctement. Elle commençait même à grelotter. À tel point qu’elle se demanda si elle n’était pas elle-même présente… L’une des femmes, couverte d’un hijab bleu marine, se leva, courage aux poings :
— Il faut aller leur demander du bois ! Nous allons finir par geler, cette nuit, osa-t-elle en dari, l’une des deux langues officielles de l’Afghanistan.
— Tu es folle ! dit une autre, vêtue de noir, en la retenant par le bras. Ils vont nous fouetter, ou pire…
À ces derniers mots, les deux autres femmes furent secouées de spasmes de frayeur. L’une d’elles se mit à pleurer. La plus téméraire se ravisa. Elle s’agenouilla à hauteur de celle qui pleurait, la plus jeune, et posa une main sur son épaule :
— Ne pleure pas, Zeenab. Pardon…, s’excusa-t-elle. Mais nous allons mourir, si nous ne trouvons pas un moyen de nous réchauffer.
— Nous allons mourir de toute façon, lâcha la femme en noir, pessimiste.
Riyel retira sa main du sol. Axel l’interrogea en chuchotant dans son casque. Elle répondit :
— Des femmes sont prisonnières des talibans dans une grotte sous nos pieds.
— Comment le sais-tu ? questionna-t-il, étonné.
— Je les ai entendues.
— Je n’ai rien entendu, moi…
Le capitaine, Jérémy, surnommé « Djé », parvint à leur hauteur et intervint :
— Riyel a les sens plus développés que nous autres, pas vrai ? Alors, combien de saloperies se terrent là-dessous ?
— Je ne sais pas encore, fit Riyel. Avançons un peu, que je puisse les repérer.
Djé adressa un signe au reste de la troupe. Ils se dispersèrent par groupes de deux autour de la position des éclaireurs. »
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H.D.

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